Un nom, ça en fait des histoires.

Depuis bientôt un an, je tiens un blog d’onomastique qui s’appelle Un nom, des histoires,  dans lequel je m’amuse à mettre en lumière le nom de famille d’une personne qui fait l’actualité. J’y évoque événement qui fait que l’on parle d’elle, je reviens sur l’histoire de son nom de famille, je fais une courte biographie de sa vie, et d’une personne qui a porté ce même nom dans l’histoire.

Dans ce blog-ci, je me contenterais d’évoquer simplement la partie du porteur historique du nom de famille, celle qui vous permet d’imaginer ce que je pourrais faire pour vous. Aussi, si cela vous intéresse de lire l’article dans son intégralité, vous pouvez consulter l’article originale sur mon blog principal.

Pour commencer, je vais reprendre logiquement par reprendre un extrait de mon tout premier article, et qui concerne forcement, mon propre nom de famille.

  • Nom de famille : Mesgny
Ce nom de famille étant très rare, il est bien difficile de trouver des traces d’un de ses porteurs dans l’histoire… mais quand on sait chercher, on en trouve toujours, même des petites! C’est pourquoi aujourd’hui, je vais vous faire un focus sur une femme, une vrai titi parisienne du milieu du 19ème siècle : Louise Mesgny. Ne sachant pas qui elle est exactement, ni d’où elle vient, j’ai pour l’instant, je vous l’avoue, très peu d’informations. Mais suffisamment pour vous donner l’envie d’en découvrir un peu plus sur ce joli brin de femme qui a fait, sans aucun doute, les beaux jours de Paris et côtoyait certains des grands artistes de ce siècle.
  L’enquête sur cette femme commence sur une phrase anodine d’un écrivain du 19ème : Théodore de Banville. Poète, dramaturge et critique dramatique Français, amis entre autres de Victor Hugo, Baudelaire et Théophile Gautier, il est devenu célèbre à son époque grâce à une oeuvre littéraire originale : Odes funambulesque. Et c’est précisément dans cette oeuvre écrite en 1857, qu’il nous parle d’elle très furtivement. En effet, dans les commentaires qui accompagnent son livre, il raconte que « Mogador, […] plus tard comtesse de Chabrillan, a porté en effet le costume de guerrière victorieuse que j’indique. Elle a aussi, vêtue à la grecque, fait à l’Hippodrome la course des chars avec Louise Mesgny et une Joséphine qui semblait un bloc de granit taillé par un Hercule statuaire ».
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Lithographie Par A. Provost – Domaine public

 

 Pour comprendre de quoi parle Théodore de Banville et qui pouvait être cette Louise Mesgny, qui dans la structure de son commentaire semble plus connue que la comtesse, il est important de se pencher sur les éléments qui nous permettent de contextualiser son histoire.

 Tout d’abord, quel est donc cet hippodrome dont il parle? Il s’agit en fait de l’Hippodrome de l’étoile, le premier hippodrome de Paris inauguré en 1845. Construit par Victor Franconi sur la place de l’Etoile, il est entièrement fait en bois… et il fut détruit par un incendie en 1869. Ce type d’hippodrome n’est pas un simple lieu dans lequel sont organisées des courses hippiques, mais ce sont des vrais scènes de spectacle à ciel ouvert où viennent se divertir aussi bien la bourgeoisie locale que le citoyen lambda, comme s’en amuse la revue  satirique Charivari qui écrit après l’inauguration :

« Depuis longtemps on éprouvait le besoin de voir s’ouvrir à Paris un théâtre ou l’on pût griller en été et gelé en hiver. Ce désir national vient enfin d’être exaucé […]. Dix milles personnes peuvent tenir dans l’enceinte et deux milles autres français plus économes se procurent en outre l’agrément de grimper gratis sur la plate-forme de l’arc de triomphe de la barrière de l’étoile qui se transforme ainsi en un amphithéâtre des troisième galeries. En faisant construire ce monument, Napoléon n’avait pas songé qu’il servirait à cet emploi ».

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Course de chars à l’Hippodrôme de l’étoile – Gallica.fr
 Aussi, semblerait-il qu’une comtesse aurait fait une course de chars avec notre Louise Mesgny sur cet hippodrome. La comtesse de Chabrillan, de son vrai nom Elisabeth-Céleste Veinard, connu surtout sous le nom de Céleste Mogador, est une célèbre danseuse du 19ème siècle. Née à Paris en 1824, elle vécue une enfance difficile qui lui forgea un mental de guerrière. Son père décède alors qu’elle n’a que 6 ans, négligée par sa mère et brutalisée par son beau-père, elle est finalement recueillie par une prostituée. Elle commence sa carrière au cirque-olympique dans les années 1840 puis devint danseuse au Bal Mabille à partir de 1850. C’est sur cette scène qu’elle imagine et lance le Quadrille, un cancan excentrique. Dans le même temps, c’est elle qui fait les beaux jours et la gloire de l’Hippodrome de l’étoile en tant que danseuse-animatrice. Elle se marie au comte de Chabrillan qui décède 3 ans plus tard, et réussi, malgré toutes les difficultés lié au machisme ambiant, à devenir une comédienne et une écrivaine. Théophile Gautier, ami de Victor Hugo, Baudelaire et Théodore de Banville (tiens, des amis communs…) et amateur de cirque, évoque lui même une course de chars à laquelle aurait participé Céleste Mogador:

« L’hippodrome renoue, à sa manière, avec l’antiquité en proposant des courses de chars. C’est réunir les jeux romains et les exercices équestres anglais, qui constituent les premières prestations de cirque. Ces courses étaient dangereuses […]; leur violence et le caractère érotique de la présentation – c’était la seule occasion publique de voir des parties dévêtues du corps féminin- fit leur succès.[…]. Cette course est un des plus agréables épisodes de la représentation : ces chars dorés, ces chevaux harnachés à l’antique, ces costumes romains ont une espèce de beauté classique qui n’est pas sans charme […] Madame Céleste à des bras superbes et une fierté de tournure qui lui donnent l’air d’une de ces victoires conduisant le quadrige du triomphateur qu’on voit sur les médailles et sur les bas-reliefs ».

Louise Mesgny aurait donc été un moment de sa vie, une artiste qui s’est produite aux cotés de la star de l’Hippodrome de l’étoile. Ainsi, il n’est pas surprenant de voir que sont conservées aux archives nationales et à la bibliothèque de l’Institut de France des lettres échangés entre elle et Théophile Gautier. Indubitablement, ces lettres ne pourront qu’améliorer la compréhension de la nature de leur relation et apporter un éclairage nouveau sur son histoire.

Et vous, quelle est votre histoire?

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